Les rites funéraires dans le Tana Toraja à Sulawesi

Le site de funérailles dans la région de Tana Toraja sur Sulawesi

Dans la région du Tana Toraja perchée au milieu des montagnes, une culture des plus intrigantes est encore bien vivante et loin, très loin, de ce qu’on connaît. On utilise trop souvent le mot authentique à toutes les sauces mais j’ose appeler mon séjour à cet endroit sur l’île de Sulawesi authentique parce qu’il l’était vraiment. Loin du côté Walt Disney de bien des endroits prisés par les touristes, Toraja a su conserver les choses « vraies » et mettre de l’avant ses particularités. C’est la destination idéale pour titiller son côté explorateur curieux, surtout quand il s’agit de comprendre les rites et traditions d’un peuple. Si vous aimez faire des découvertes culturelles et vivre une expérience hors du commun, ajoutez la région de Tona Toraja sur votre liste de destinations.

Où c’est le Tana Toraja?

Carte Google indiquant la position de la région du Toraja sur Sulawesi
Crédit: Google Map

On retrouve la région du Toraja sur Sulawesi, cette île en forme de fer à cheval au nord-est de l’île de Bali. On s’y rend en avion, ou, si on a bien du temps, en bateau. Arrivé à Makassar, capitale de l’île, vous aurez 2 choix. Prendre l’avion vers Palopo puis faire presque 3 heures de route en montage ou vous rendre directement par la route depuis Makassar, ce qui pourrait prendre entre 10 à 12 heures plus les arrêts photos. Les routes sont en épingles à travers les montages; Les paysages sont magnifiques mais disons qu’il ne faut pas avoir le mal des transports! La ville principale de Toraja s’appelle Rantapeo et offre plusieurs options d’hébergements et de restaurations (mes suggestions ci-dessous).

Avec ou sans guide?

Un buffle se baigne dans un trou d'eau près des rizières du Tona Toraja Sulawesi
Un guide saura vous mener dans des endroits peu fréquentés.

J’ai fait un tour de 3 jours avec Local Guides et honnêtement, je ne sais pas comment j’aurais pu m’en passer! D’abord, un chauffeur qui est habitué à la conduite indonésienne est un méga plus. Ensuite, la culture est si riche et complexe que sans une personne connaissant les pratiques, je serais passée à côté de beaucoup de choses. Cette compagnie est un peu plus chère que d’autres mais quel service incroyablement personnalisé. Tant au niveau de la réservation du tour, adapté à nos besoins (j’y étais en compagnie de ma sœur, mon beau-frère et leur enfant de 2 ans 4 mois), que de la flexibilité de l’horaire et de la gentillesse de notre guide Imanuel. Ma recommandation : rester plus longtemps pour vraiment profiter des beautés de la région. J’aurais adoré prendre un tour de 5-6 jours 🙂

Les rites funéraires

Rite funéraire dans le Toraja pendant lequel on apporte en offrande des porcs
Des porcs sont apportés en offrande à la famille du défunt pour nourrir les convives.

Par où commencer? Les rites funéraires font partie intégrante de la vie quotidiennes des gens de la région du Toraja. C’est l’une des raisons pour lesquelles je voulais visiter la région. Bien qu’assimilés à la religion catholique, les croyances d’autrefois sont encore bien populaires et présentes dans le quotidien des habitants. Dans ce coin-ci du monde, on vit pour bien préparer la mort de nos proches. Lorsqu’une personne décède, on conserve son corps dans la maison pendant plusieurs jours, semaines, mois et même année! Le corps est lavé, habillé, et on y injecte du formol régulièrement pour la conservation. On ajoute souvent des herbes aux frais parfum à proximité du corps pour éviter les potentielles odeurs. Tous les jours, on parle au mort comme s’il était encore en vie. 

Un artiste sculpteur prépare un cercueil pour des funérailles dans le Toraja
Un artiste sculpteur prépare un cercueil.
Détails gravures cercueils
Les détails sont simplement époustouflants!

Pendant ce temps, les grandes funérailles se préparent. On fait faire par un artiste une poupée (statuette appelé Tau Tau) à l’effigie du défunt. Son cercueil est taillé dans le bois et de multiples symboles sont gravés avant d’être peint. On prépare aussi le lieu dédié aux funérailles. Il s’agit parfois d’un endroit commun dans un village ou à même la propriété. Ensuite, on attend les invités. Les grandes funérailles accueillent parfois jusqu’à plusieurs centaines de milliers de personnes en « saison ». On installe des maisonnettes temporaires pouvant servir aux invités pour se nourrir, se reposer et discuter pendant les festivités qui dureront plusieurs jours. Les hommes s’installeront à l’avant et les femmes à l’arrière.

Du thé est offert aux invités pendant les cérémonies
On nous a gentiment offert du thé et des biscuits pour nous souhaiter la bienvenue.

On sert du thé, des biscuits et les repas aux gens présents. Des funérailles peuvent coûter des milliards de roupie indonésienne à la famille en installation, nourriture et en bétail sacrifié. C’est l’une des raisons pour laquelle elles ne sont pas pratiquées dès le départ de l’être cher. Mon guide estime que les funérailles auxquelles j’ai assisté ont coûté entre 1 et 2 milliards de roupies soit plus de 100000$ canadien.

La cérémonie

Les petites filles du défunt, maquillées et coiffées, vêtues de l'habit traditionnel.
Les petites filles du défunt, maquillées, coiffées et vêtues de l’habit traditionnel.

La grande fête du défunt varie d’une famille à l’autre mais a généralement a lieu sur 3 jours (parfois plus si la famille est riche). La plupart d’entre elles ont lieu en saison sèche afin de faciliter les déplacements de tous. On débute la fête par une « bull fight ».

Enfants du Toraja aux funérailles de leur grand-père.
Les enfants un peu moins disciplinés avant le début de la fête

Le lendemain est l’ouverture officielle des funérailles. Familles et amis venus des 4 coins de l’Indonésie arrivent sur place. À l’entrée, chacun s’inscrit : nom, provenance, nombre de cochons apportés (offrandes habituelles), on n’arrive pas les mains vides. Le défunt est installé sur la mezzanine de la résidence principale où certains iront visiter le cercueil. Des femmes jouent de la musique (Ma’Marakka) avec des bâtons de bambous, des hommes chantent et dansent en cercle (Ma’badong). 

Ma'Marakka Des femmes jouent de la musique avec des bambous contre un tronc d'arbre
Ma’Marakka

La famille immédiate est sous un porche décoré pour l’occasion. Petits et grands ont revêtu leurs plus beaux habits. On assiste alors à ce que je qualifierais de « parade ». Un maître de cérémonie appelle les familles par groupe à se présenter à la famille du défunt. Des hommes apportent vers celles-ci les cochons (encore bien vivants et ficelés sur du bambou) en offrande. Puis, la famille élargie parade vers la famille du défunt afin d’aller offrir leurs sympathies. On recommence ainsi pour chaque groupe présent, entremêlé de chants et danse. Le maître de cérémonie appelle ensuite familles et amis à se rendre au numéro assigné de maisonnettes temporaires construites pour les accueillir. 

Lors de funérailles dans le Toraja, familles et amis paradent pour offrir leurs sympathies
Une des familles parade vers la famille du défunt.
Funérailles dans le Toraja, une famille défile vers la famille du défunt
La famille suivante vient ensuite faire ses offrandes.

Qu’advient-il des cochons? Ils sont apportés à l’abri des regards par des hommes pour être tués, vidés, et servi en repas aux nombreux invités. Chaque pièce de l’animal est utilisée. Pendant ce temps, à l’arrière, des groupes des femmes volontaires font cuire le riz et la viande.

Des femmes et des hommes préparent le riz et la nourriture pour les convives ax funérailles dans le Toraja
Des femmes et des hommes préparent le riz et la nourriture pour les convives.

Les jours suivants, d’autres familles et amis défilent. C’est le dernier jour que l’on sacrifie les buffles. Dans la croyance Toraja, l’esprit du mort devra traverser plusieurs épreuves avant d’arriver au paradis. Le sang des buffles est une porte vers l’autre monde et lui donnera la force nécessaire pour traverser celles-ci. Plus la famille est riche, plus l’on sacrifie de buffles. Plus de buffles sont sacrifiés, plus il sera facile pour le mort de traverser facilement vers l’autre monde. Plus il y a de sacrifices, plus on montre à l’être décédé à quel point on tient à lui. Je n’ai pas assisté à cette partie des funérailles qui, je l’avoue, doit être intense. Mon guide m’a mentionné que 2 jours plus tard, 40 buffles allaient être sacrifiés pour le défunt (ce qui représente plus de 40 000$ canadien en sacrifice!). Seulement une partie des buffles sert à nourrir les gens présents, le reste est vendu aux invités pour payer la cérémonie. 

L’enterrement

Cercueils en pierre dans le Toraja Sulawesi
Les premiers cercueils étaient faits de pierre.

Suite aux sacrifices, le défunt est officiellement considéré « mort ». On peut donc procéder à son enterrement. Au Toraja, il y a 3 façons de disposer du corps : soit on l’enterre, soit on le place dans le mausolée familial, soit on lui creuse une tombe à même le rock. Peu importe le choix de la famille, souvent justifié par la situation géographique (en ville, on enterre, en campagne, on procède à l’une des 2 autres façons), on visite souvent le défunt en lui apportant des cadeaux. Cigarettes, boissons gazeuses, fruits, riz; tout est déposé près du Tau Tau ou de la photo du défunt. 

Des tombes sont creusées à même le rocher dans le Toraja à Sulawesi
Des tombes sont creusées à même le rocher.
Un tombeau et ses offrandes dans le Toraja
Un tombeau et ses offrandes

Et ce n’est pas terminé! À tous les 3 à 5 ans, on exhume le corps du mort et on refait une fête. On ouvre la porte du mausolée ou de la tombe. On attend 2 jours avant de sortir le défunt. Selon l’état de décomposition, on lave le corps, on change les vêtements (pour des vêtements neufs, rien de moins), on l’installe sur une chaise ou un poteau, on le fait danser, on célèbre sa vie, puis on le replace dans sa sépulture. Qu’advient-il si le corps est en piteux état? On recueille les ossements et on les déplace vers un autre endroit. Ainsi le mausolée ou tombe pourra servir à un autre membre de la famille. 

Les Tautau, poupée faite à l'effigie du défunt dans le Toraja

Assister à des funérailles

Il est possible d’assister à des funérailles en tant que touristes. C’est en juillet et août (saison sèche) qu’ont lieu le plus grand nombre de funérailles dans la région. Il faut toutefois s’attendre à être nombreux à vouloir assister à l’événement. Hors saison, si vous êtes plusieurs jours dans la région, il y a de bonnes chances de trouver des funérailles quand même. 

Quoi savoir avant d’aller aux funérailles

Comment trouver des funérailles? Il faut avoir un guide avec soi! D’abord, portez du noir en signe de respect pour la famille du défunt et, si vous y êtes en saison des pluies comme moi, portez des bottes ou souliers imperméables (y’a de la bouette!). 

Ensuite, avant de vous y rendre, pensez apporter des offrandes (cigarettes ou argent comptant). 

À l’arrivée, il faut s’annoncer à l’aîné ou à un proche du défunt (d’où l’importance d’un guide!) afin de s’assurer de notre bienvenu et lui remettre nos offrandes. On se trouve ensuite un petit coin pour observer ce qui se passe, sous les explications détaillées de notre interprète local. Il est possible que des dames vous offre du thé et des biscuits. Il est impoli de refuser! Prenez-le comme un signe de bienvenue parmi les invités de cette grande fête. Comme j’expliquais ci-dessus, la cérémonie dure plusieurs jours donc selon le moment de votre présence, il est possible que vous assistiez à un moment bouleversant de la fête : les sacrifices. Si vous ne pensez pas pouvoir observer cette partie, avertissez rapidement votre guide. Les locaux parlent encore des étrangers qui se sont évanouis aux dernières funérailles! Avant de quitter, on doit s’assurer d’annoncer notre départ à l’aîné de la famille du défunt et le remercier de son accueil. Palpitant tout ça non?  

Hébergement

Hôtel Misiliana à Rantepao

J’ai séjourné au Misiliana Hotel à quelques kilomètres en dehors de Rantapeo. Il s’agit en fait d’un grand resort avec en son centre des maisons typiques du Toraja. Il y a deux piscines (fermées à mon passage), chambres et chalets familiaux. Le coût est plutôt élevé pour l’état des infrastructures mais le service était plus que 5 étoiles! La nourriture sur place était aussi très bonne.

Je l’avoue, mon amour pour l’anthropologie m’aurait fait rester dans la région pendant plusieurs jours supplémentaires pour assister à une cérémonie complète mais aussi pour bien assimiler tous les symboles de la culture Toraja. Cette incursion culturelle m’a donné le goût de creuser un peu plus sur mes apprentissages des derniers jours!

Je vous prépare un article sur les autres choses à voir dans la région! En attendant, pour en savoir plus sur Jakarta, rendez-vous ici.  Vous aimez cet article? Épinglez-le sur Pinterest!

*J’ai reçu un rabais avec Local Guides et au Misiliana Hotel en échange d’une mention dans ce billet. Mon opinion demeure toutefois 100% honnête. *

4 commentaires Ajoutez le votre

  1. Danielle dit :

    Wow! Quel article et quel sujet intéressant! Je suis toujours captivée en lisant tes articles de voyage. Les photos qui complètent tes récits sont magnifiques et la description que tu en fais suscite plein d’autres images dans notre tête. Bravo! J’ai très hâte de découvrir cette magnifique région de l’Indonésie.

  2. Nycole dit :

    Merci de nous faire partager cette cérémonie en nous la décrivant de façon si réelle.

    Ton article est impeccable et super intéressant de même que tes photos

    Bravo et félicitations

  3. BIANCA dit :

    Vraiment intéressant! J’ai adoré te suivre durant cet épisode de ton voyage!

    Comme j’ai quelques anthopologues parmi mes clients, ça m’a poussé à poursuivre aussi un peu mes recherches…

    Merci de nous avoir fait voyagé avec toi 😉

    1. MC Globetrotteuse dit :

      Merci beaucoup Bianca! C’est vraiment une partie de mon voyage qui m’a éduqué à plusieurs niveaux! Très intéressant comme endroit!

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